Un premier élément de réponse, c'est que le dictionnaire n'est pas non plus distribué avec OpenOffice.org. On peut certes l'installer très rapidement à l'aide de DictOOo, une excellente petite macro disponible via le menu Fichier > Assistants, mais il ne figure pas dans les fichiers d'installation. Pourtant, il y a les dictionnaires anglais, swahili et thaï. Quelle est la différence ? Elle tient en une lettre, c'est le L de LGPL.

La Free Software Foundation propose en effet trois licences différentes. La GPL, une licence unique pour les logiciels, la LGPL, une licence moins restrictive surtout utilisée pour les bibliothèques pouvant être utilisées par des programmes sous d'autres licences, libres ou non (par exemple la bibliothèque C), et une licence pour la documentation (la GFDL utilisée notamment par Wikipédia). Évidemment, aucune d'entre-elles n'est prévue spécifiquement pour quelque chose d'aussi particulier qu'un dictionnaire de correcteur orthographique. Est-ce un fichier de données utilisé par le programme ? Une bibliothèque liée au programme ? Une partie intégrante du programme ? Car les règles qui s'appliquent sont totalement différentes.

Si une bibliothèque sous la licence LGPL peut être distribuée au sein d'un programme plus important utilisant une ou plusieurs autres licences, ce n'est pas du tout le cas d'une bibliothèque sous la licence GPL. Un programme dont une partie du code est sous licence GPL devient en effet automatiquement entièrement soumis à la GPL et... à rien d'autre. C'est ce qu'on appelle parfois l'effet viral de la GPL.

Or, les logiciels Mozilla sont distribués sous une triple licence : la Mozilla Public Licence (MPL), la GPL et la LGPL. Cela permet d'en faire à peu près ce qu'on veut. Intégrer le moteur Gecko dans un logiciel propriétaire, c'est possible (tant qu'on publie les modifications qu'on a éventuellement faites à ses fichiers). Le distribuer entièrement sous la GPL c'est possible aussi, il suffit de choisir exclusivement cette partie de la licence. Exclusivement parce que ça veut dire qu'on oblige tout le monde à utiliser la GPL et uniquement la GPL par la suite. Ce n'est pas le souhait de la Mozilla Foundation, probablement tant pour des raisons historiques (au départ le code devait pouvoir être combiné à des parties propriétaires pour réaliser Netscape), que philosophiques (elle s'est donné pour mission de préserver la liberté et le choix sur Internet) ou même pratiques.

Parmi ces raisons pratiques, il y a le fait que le logiciel Thunderbird tel que distribué par Mozilla contient notamment le module talkback, un outil permettant de renvoyer un rapport d'incident aux développeurs en cas de crash du programme. Cet outil indispensable est propriétaire, assez ancien et n'est plus développé activement par son éditeur (c'est d'ailleurs l'un des problèmes des logiciels propriétaires). Il n'existe pas d'alternative libre à ce logiciel pour l'instant, et son fonctionnement dépend sans doute beaucoup du système d'exploitation hôte. Ce n'est donc pas un mais au moins trois logiciels qu'il faudrait réécrire et publier sous une licence compatible avec la GPL.

Il y aurait plusieurs façons d'améliorer cette situation. L'auteur du dictionnaire pourrait en changer la licence. Quelqu'un pourrait réaliser un nouveau dictionnaire et le publier sous une double, triple ou n-uple licence. Un juriste pourrait démontrer avec certitude qu'un dictionnaire orthographique n'est pas à considérer comme une bibliothèque logicielle mais comme un programme indépendant.

De manière plus plausible, le programme d'installation et/ou le gestionnaire d'extensions vont être améliorés et permettre de proposer le téléchargement et l'installation automatique les dictionnaires requis. C'est prévu. On espère juste que ça arrivera dans pas trop longtemps.