Je crois qu’il est impératif que nous développions de nouvelles offres. Pour les multiples aspects de la vie en ligne, nous avons besoin de plateformes ouvertes, interopérables, au service du bien commun, au code source libre et basées sur des standards.

Où est la plateforme libre et basée sur des standards pour la gestion décentralisée et universellement accessible d’identités multiples en ligne ? Pour l’heure il n’en existe aucune. Il devrait y en avoir. Mozilla devrait en créer une. Lorsque nous le ferons, cela complètera l’offre commerciale existante. Si elle est largement adoptée, alors cela aidera l’ensemble de cet aspect de notre vie à devenir plus ouvert, interopérable et sous le contrôle de l’utilisateur.

Où est le moteur libre, basé sur des standards, permettant une gestion accessible de partout, décentralisée, personnalisable et sous mon contrôle des données personnelles que je crée ? Aujourd’hui il n’y en a pas. Il devrait y en avoir. Mozilla devrait en créer un.

Aujourd’hui de nombreux contributeurs de Mozilla ne pensent pas à ces choses comme à des « moteurs » ou à des « plateformes » de la vie sur Internet. Ces domaines n’impliquent pas forcément JavaScript, CSS ou le DOM. Nous n’avons même pas de standards ni même d’entité de standardisation évidente. Ils pourraient être créés d’abord comme des logiciels côté serveur, ou comme des applications indépendantes du navigateur. Mais chacun d’entre eux — et d’autres que nous identifierons au fur et à mesure — a le potentiel pour être un «  moteur » ou une « plateforme » avec des possibilités et un périmètre similaires à ceux de Gecko et Firefox aujourd’hui. Ils ont le potentiel de faire progresser la mission de Mozilla en complément du navigateur. Si les gens choisissent d’utiliser un terminal ou un système où ni Gecko ni Firefox ne peuvent tourner, nous pouvons toujours proposer une ou plusieurs plateformes offrant l’interopérabilité basée sur des standards et donnant tout pouvoir à l’utilisateur. Et en les combinant avec Firefox ces moteurs permettront de créer une « défense en profondeur » de la maîtrise par l’utilisateur.

Une offre supplémentaire réduira-t-elle notre impact ? Je ne le pense pas, et ce pour plusieurs raisons.

  1. Firefox incitera un certain nombre de personnes à choisir un téléphone mobile / une tablette qui permet de bien le faire fonctionner et nous ferons de gros efforts pour rendre ce choix facile. Cela ne poussera cependant pas tout le monde à le faire. Nous en avons fait l’expérience avec iOS. Les utilisateurs d’iOS disent régulièrement qu’ils aimeraient avoir Firefox sur leur appareil. Cependant, ils continuent d’utiliser ces appareils de chez Apple, et les ventes d’Apple sont florissantes. Si nous pouvons résoudre les problèmes des gens avec une offre basée sur Gecko, ce sera une victoire extraordinaire. Si nous fournissons des plateformes en plus de Gecko pour les différents aspects de la vie sur Internet, c’est aussi un outil fantastique pour notre mission.
  2. Exiger que toutes les innovations se coulent dans le même moule — même s’il s’agit d’un outil aussi puissant que Gecko — met une pression énorme sur ce contenant. Au contraire, nous devrions arriver à savoir quelles sont les choses les plus importantes pour la plateforme de Gecko, et comment armer l’équipe de la plateforme pour accomplir ses missions d’un cœur vaillant.
  3. Les gens qui apprécient un nouveau logiciel de Mozilla pourraient bien être tentés d’essayer Firefox et Gecko.

Le débat sur iOS et les systèmes similaires me rappelle des débats que nous avions souvent et qui opposaient Linux et Windows. Ce dernier est un système d’exploitation verrouillé par rapport à Linux. L’un est propriétaire, l’autre est un logiciel libre. Au début, certains contributeurs de Mozilla nous pressaient ardemment de nous soucier seulement de Linux. Ils estimaient que notre mission serait mieux remplie en restreignant notre offre à des plateformes en phase avec la mission de Mozilla. Nous avons choisi une voie différente. Nous avons choisi d’apporter nos valeurs là où les gens vivent. Ils vivaient dans l’univers Windows, nous y sommes allés. Nous avons rendu facile leur migration de Windows vers Linux en leur offrant des fonctionnalités essentielles multiplateformes. Si nous ne l’avions pas fait, le Web serait aujourd’hui un bien triste paysage.

Nous devrions porter les valeurs de Mozilla là où les gens vivent aujourd’hui. Nous devrions le faire pour les différents aspects de la vie sur Internet. Certains seront basés sur Gecko et Firefox. D’autres seront disponibles pour tous les navigateurs. Cela nous donnera de multiples dynamiques d’interopérabilité et de maîtrise par l’utilisateur. Et de multiples raisons pour tous de choisir Mozilla.

Cet avenir nous lance d’immenses défis. Mais notre vie sur Internet pourrait en bénéficier largement.