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Il se passe de nombreuses choses en ce moment dans le monde Mozilla. Bien sûr je pourrais parler des récentes polémiques sur le cycle de sortie rapide ou l’abandon de l’affichage du protocole http ou de la proposition de ne pas montrer le numéro de version, mais même si je trouve ces propositions infantilisantes pour l’utilisateur et contraire à ma vision du manifesto, ce n’est pas le but de ce billet. Je vais plutôt exposer les problèmes de relation entre Mozilla Corporation — et là j’entends au sens large, la gouvernance (mot à la mode), les décideurs et employés — et les contributeurs bénévoles — qu’ils soient localisateurs, codeurs ou évangélistes.

Dire que ces relations sont en ce moment conflictuelles est au mieux un bas mot. J’illustrerai ces propos par les récentes défections de contributeurs talentueux et motivés.

Cédric, par exemple, dans un récent billet nous a fait part de sa décision de ne plus s’occuper des localisations de Firefox. C’est un coup dur pour l’équipe, mais je comprends tout a fait sa position. Pour rappel Cédric n’est pas qu’un simple contributeur, c’est essentiellement grâce à lui que vous pouvez télécharger Firefox en français. Il localise en flux tendu les dernières versions de Firefox, mais aussi un certain nombre des pages Web promotionnelles ou de notes de version des sites Mozilla ; il s’occupe aussi tout seul de la traduction de Bugzilla ou de la gestion de la localisation de KompoZer entre autres choses).

Des crises il y en a déjà eu, on se souvient de l’abandon difficile de la suite, ou du fait que l’on n’était plus maître des marque-pages. Ce ne sont là que des exemples. Il y a toujours eu une certaine défiance de certaines communautés actives face à la gouvernance de Mozilla. Petit exemple, le site où vous lisez ce billet est complétement indépendant de Mozilla, ce qui nous permet de nous exprimer comme nous le voulons — ce qui prouve notre choix pertinent.

Nous contributeurs, n’avons jamais été totalement entendus par Mozilla. Je ne parle pas de cas particuliers — il y a vraiment de bonnes relations entre nous et certaines personnes de Mozilla — mais d’un état d’esprit général. Par le passé nous avons laissé faire, parce que les choix ne nous satisfaisant pas vraiment étaient compensés par d’autres avantages.

Moi-même j’ai failli par le passé laisser tomber, mais je n’en ai rien fait pour plusieurs raisons. Par exemple l’excellente ambiance entre nous et les autres communautés. Par contre je me suis un peu éloigné des efforts de localisation des logiciels — aussi à cause de la vie familiale et professionnelle — me focalisant plus sur l’administration ou des outils d’aide à la traduction, c’est sans doute pour cela que je suis encore là.

Mais en ce moment il se forme un fossé qui s’ouvre de plus en plus entre les contributeurs bénévoles et Mozilla. On lit avec plaisir et entrain les billets de Mitchell, on est d’accord avec la vision du Manifeste, mais d’autres choix et comportements ne nous encouragent pas.

Nous ne sommes pas des Calimero™, mais il me semble que nous, contributeurs bénévoles, devrions êtres un peu plus respectés. En l’occurrence et sans nous vanter c’est quand même grâce à notre travail que Mozilla existe encore et se trouve à ce niveau d’utilisation. Je ne parlerai pas du fait que certains employés ne nous voient que comme des faire-valoir et nous traitent à la limite du mépris (déjà vu), parce que cela relève du cas particulier — non c’est plus sérieux que cela.

Pour ne citer qu’un exemple, lorsque nous disons qu’une version LTS est nécessaire, nous le disons avec plusieurs raisons. Le travail de localisation devient largement trop important à faire, mais aussi car c’est nous qui recevons les rapports des utilisateurs par courriel. Quelle réponse à cela ? Pas grand-chose, bien souvent un « c’est comme ça et pas autrement, mais on va faire un groupe de travail et on en rediscute. »

Alors oui, peut-être qu’un changement des relations est nécessaire, au moins une certaine considération. Nous aussi nous pouvons avoir raison et émettre des avis éclairés. Nous ne sommes pas que des fanboys de Mozilla qu’un t-shirt peut acheter (ni des numéros).

Je conçois bien qu’une gouvernance à la Debian avec des élections n’est peut-être pas la plus adaptée pour le projet Mozilla, mais qu’en est-il d’une représentation des communautés au sein de la Fondation ou de la Corporation ? Dans toute association, école, université, entreprise en France, il existe des représentants élus des élèves, étudiants, professeurs, personnels. Pourquoi cela ne pourrait-il pas être possible au sein du projet Mozilla ?

Attention, je ne parle pas d’un siège qui serait là juste pour faire joli. Je parle d’une personne — et pourquoi pas plus — qui serait membre des communautés et qui donnerait son avis éclairé par des conseils des contributeurs ?

Bien sûr, je me doute que tout cela n’est pas évident à penser et à mettre en place. Mais pourquoi pas à côté du Manifesto une Constitution discutée et mise en place par l’ensemble des contributeurs — employés, dirigeants et bénévoles — ensemble.